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Ce petit geste

Par Joannie Fortin, ambassadrice Je Cours Qc.

Cet article est un passage de mon livre « La Course c’est la Vie ». Une anecdote simple, mais inoubliable. On avait fait la différence dans ma journée. Je pense que cet article prend encore plus son sens par les temps qui courent alors que le stress et l’angoisse sont davantage présents dans notre quotidien.

***

C’est un samedi de juillet. Il y a cinq ans. Ça fait à peine quelques mois que je me suis mise à courir. J’ai mon programme d’entraînement que je suis à la lettre via mon application de course à pied. Je m’améliore rapidement et c’est franchement motivant. Très motivant. Cette fois-ci, j’en suis à ma cinquième sortie de la semaine et c’est une séance d’intervalles au menu. Je l’appréhende déjà. Disons qu’il faut parfois gratter les fonds de tiroirs à la recherche de motivation.

Je décide donc de sortir en matinée avant que la chaleur ne soit trop intense. Il vente. C’est impressionnant comme il vente. Je déteste le vent. Mais je sors quand même. Je préfère de loin le sentiment d’accomplissement que j’aurai à mon retour d’entraînement que celui d’être restée écrasée chez moi à ne rien faire.

Je cours sur la route 138, tout près de chez moi. C’est une route que j’aime beaucoup, puisqu’elle est sans fin et surtout pratique lorsque je fais de longues sorties. Je trottine entre deux périodes d’intervalles. Je souffle de plus en plus. Il faut dire que j’en ai plus de fait dans ma séance que ce qu’il me reste. L’énorme côte de mon parcours se dresse devant moi et je sais que ce n’est qu’une question de secondes avant que le signal sonore dans mes écouteurs ne retentisse, signe de reprendre mon intensité. Je sais déjà que ça va faire mal.

À bloc dans une côte… oui, c’est payant. Mais le faire, ce n’est pas toujours la joie. Rarement, en fait. Je m’élance. Allez Jo, tu vas être fière de toi après ça. Concentre-toi. Détends tes épaules. Calme ta respiration. C’est difficile. Mon visage est très honnête : j’ai l’expression d’un bébé qui croque dans un citron pour la première fois. Sur un bébé, c’est mignon. Mais pas sur moi. Je te jure ! Je pense abandonner avant la fin de l’intensité.

Je lève la tête pour constater que la côte semble encore tellement longue devant moi… et pour m’apercevoir que je m’apprête à croiser un groupe de cyclistes. L’orgueil me pousse à ne pas faire paraître que je trouve ça difficile. Pauvre moi ! C’était inutile. Quiconque me croise pendant que je suis en train de monter cette pente à la course ne peut pas se dire que ça doit être facile. Je me suis trouvée un peu niaiseuse après coup.

Je croise donc lesdits cyclistes. Ils passent comme l’éclair devant moi, en pleine descente. Ils étaient cinq ou six, il me semble. Peu importe. C’est le dernier d’entre eux que je n’oublierai jamais. Un homme. Disons fin de la cinquantaine. Au moment où nos regards se croisent, il me frappe d’un énorme sourire et d’un signe du pouce.

Je suis surprise. Désarmée. Je continue de courir, mais curieusement, c’est facile. J’ai un surplus d’énergie. C’est comme… je ne saurais dire. C’est… beau ! Je me rends compte que je souris. Comme une nounoune. C’est quoi ce regain d’énergie tout d’un coup ? Je n’avais encore jamais vécu ça. Le signal sonore m’indique que mon intervalle est terminé. J’ai tout donné. Je décide de marcher cette fois-ci.

Je me retourne. Les cyclistes sont déjà bien loin derrière. Je ne reverrai peut-être jamais cet homme de ma vie. En fait je ne saurais pas le reconnaître si ça arrivait. Un moment d’une fraction de seconde. Un geste rapide. Un geste simple. Qui ne coûte rien et qui ne demande pas beaucoup d’énergie. Mais qui fait toute la différence.

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Amis coureurs, je vous lance ce défi, particulièrement en cette période de confinement : à chaque fois que vous croisez un de vos comparses de course à pied ou encore un cycliste, un marcheur ou n’importe quel sportif sur votre route, saluez-le. Un geste de la tête. Un simple « salut ». Un signe de la main. Un beau sourire.

Il s’agit peut-être d’un entrepreneur qui ne sait pas si son entreprise va tenir le coup pendant ou après la crise. Est-ce peut-être une infirmière inquiète de ramener le virus à la maison et le transmettre à ses enfants ? Ou encore une mère de famille qui peine à jongler entre le télétravail, les enfants et l’entretien de la maison. Ou simplement un coureur à la recherche d’un minime contact social. Vous n’avez aucune idée dans quel état peut se trouver ces personnes… Chose certaine : elles vont chercher dans la course à pied un moment de bien-être, d’évasion et d’apaisement, tout comme vous.

Alors, répandez ce tout petit, mais puissant geste de reconnaissance. Ça ne vous coûtera rien, mais sachez que cette petite attention peut faire la différence dans la journée de cette personne que vous allez croiser… et pourquoi pas faire la différence dans votre journée ?